Panse Bête n°10

 

 

Panse bête n°10

Novembre 2015

Voici la lettre d'information co-rédigée
par les Défis Ruraux et le GRABHN.
Informations techniques et témoignages sont au menu.

Bonne lecture !

 

Marjolaine Huguet & Joseph Duhamel, conseillers élevages au GRAB HN
Coralie Henke & Bertrand Farrié, animateurs systèmes herbagers aux Défis Ruraux

 
 

Les 16 et 17 septembre, 15 éleveurs accompagnés des animateurs GRAB HN et Défis Ruraux sont partis à la découverte des systèmes herbagers belges. Ce Panse Bête est entièrement consacré aux agriculteurs rencontrés durant ce voyage d'études...

 

Carte2

Cliquez sur la carte pour voir plus de détails

 

 FERME 1/4 

La technique au serivce du pâturage

GAEC Saint-Eloi – Petite région agricole du Hainaut – Floursies

 

La première étape de notre voyage a conduit le groupe des éleveurs brayons dans le Hainaut, petite région agricole située au cœur de l’Avesnois. Au détour d’un chemin bocager, nous avons pu rencontrer au GAEC Saint-Eloi, Emmanuel et Noël Pouleur, deux éleveurs laitiers qui ont fait le pari de produire du lait à l’herbe. Compte-rendu de notre escale au pays du Maroilles.

 

CARTE D’IDENTITÉ DE L’EXPLOITATION
Nom de la ferme : GAEC Saint-Eloi
Particularité : La technique au service du pâturage
Nombre de vaches : 85 Prim’Holstein
Productivité/VL : 7 800 litres
Surface disponible au pâturage/VL : 23 ares/VL
Part d’herbe dans la SAU : 75 %
 
L’élevage, une histoire de famille
Lorsqu’Emmanuel et Noël Pouleur décident de s’installer en 2001, la ferme située dans le village de Floursies est depuis longtemps consacrée à l’élevage laitier. Pour permettre la rémunération de deux associés, les deux frères optent pour une diversification de leurs activités. Passionnés par l’élevage, ils font le choix de reprendre une ferme située à une quinzaine de kilomètres, sur laquelle ils mettent en place un atelier d’élevage allaitant afin de ne rien changer sur le site historique.
Aujourd’hui, le GAEC Saint-Eloi est donc en charge d’un troupeau de 75 vaches allaitantes de race limousine et d’un troupeau de 90 vaches laitières Prim’Holstein. Dans cette région au climat favorable à la pousse de l’herbe (cf. Données climatiques), l’alimentation du cheptel repose sur une importante surface de prairies que vient compléter une partie de maïs ensilage. Une rotation courte est assurée par l’introduction de blé dans l’assolement (cf. graphe assolement).
 
Produire du lait à l’herbe, un perfectionnement permanent
 
Lait produit 
 année 
 Surface Maïs
605000 L 2011 27 ha
640000 L 2014 20 ha
670000 L 2015 23 ha
Bien que les associés du GAEC St-Eloi essayent de maintenir un niveau de productivité assez élevé (cf. résultats lait ci-dessus), cette recherche de performance ne se fait pas au détriment du coût alimentaire. L’accent est donc mis depuis plusieurs années sur une valorisation maximale des prairies, notamment par le pâturage. Comme en témoignent le tableau (cf. tableau maïs ci-dessus), les efforts entrepris dans ce sens par les deux frères ont porté leurs fruits puisque la production laitière augmente constamment depuis 2011, alors que les surfaces de maïs destinées à l’ensilage diminuent.
Pour arriver à cette progression, Emmanuel et Noël Pouleur ont su faire évoluer leur système de production en écartant les choix peu concluants.
Comme beaucoup d’éleveurs, ils ont d’abord décidé de grouper les vêlages au printemps pour caler le pic de lactation sur la période de pleine pousse de l’herbe. Ce choix n’a pas été satisfaisant pour eux car ils estiment qu’en travaillant avec des vaches de race Prim’Holstein, l’herbe ne suffit pas pour qu’elles expriment pleinement leur potentiel de production. Ils ont donc décidé de décaler progressivement les vêlages vers l’été. Aujourd’hui, les vêlages commencent au mois de juillet. A partir de cette période où la pousse de l’herbe ralentit, les fraîches vêlées restent à l’intérieur et constituent un lot A « hautes productrices » nourri à l’auge alors que le lot B « fin de lactation » continue de valoriser l’herbe disponible dans les prairies. Cet allotement est conservé lors de la phase d’alimentation hivernale. Le lot A reçoit une ration énergétiquement assez dense pour exprimer le pic de lactation : ¼ de la ration en ensilage d’herbe et le reste en ensilage de maïs avec 5 kg de correcteur azoté. Le lot B reçoit une ration plus économe avec plus de la moitié de la ration en ensilage de maïs et 3 kg de correcteur.
Avant 2015, les deux lots étaient conservés à la mise à l’herbe. Le lot B était conduit en 100% pâturage autant que possible alors que le lot A était nourri à l’auge avec une ration 100% maïs, 1 ha de prairie leur étant réservé comme parcours. Cette année, les deux éleveurs ont abandonné la séparation du troupeau au pâturage. Dès la mise à l’herbe, le troupeau est rassemblé. Par contre, l’herbe pâturée est complétée dans la ration par 5 kg de maïs et 5 kg d’ensilage d’herbe pendant tout la saison. En plus de simplifier le travail, ce regroupement permet une forte économie de concentrés. (cf. tableau ci-dessous).
 
 
   7/06/2012 
 7/06/2015
LOT PRAIRIES 50 VL 70 VL
LOT BÂTIMENT 15 VL 0 VL
PRODUCTION QUOTIDIENNE  
19 L/VL 21 L/VL
QTÉ CONCENTRÉS 460 g/VL/j 160 g/VL/j
 
Gestion de l’herbe
Sur le GAEC St-Eloi, rien n’a été laissé au hasard pour permettre de valoriser au maximum les prairies. Les 20 ha disponibles pour le pâturage des vaches laitières sont découpés en 10 parcelles de 2 ha. Un chemin d’accès a été installé pour faciliter l’accès au pâturage. D’une largeur de 5–6 m, il est constitué de gros blocs de pierre qui stabilisent l’ensemble, recouverts de copeaux de bois qui absorbent l’eau et permettent la circulation des animaux en toute saison.
Ces aménagements permettent de conduire un pâturage tournant rigoureux. Pour faciliter la prise de décision, les deux éleveurs se reposent sur quelques critères simples. Le temps de séjour par paddock est de deux jours. On assure ainsi un temps de retour de 21 jours qui permet à la prairie de refaire ses réserves. Dans les périodes de pleine pousse de l’herbe, la taille des paddocks est ajustée. Les paddocks peuvent être recoupés en 2 ou 3 pour conserver un temps de présence de 2 jours et bien finir les paddocks (hauteur de sortie à 5 cm). Si l’herbe menace de les dépasser, un ou plusieurs paddocks sont sortis du cycle pour être récoltés. Dans ce cas, c’est la hauteur d’herbe qui est le critère déterminant. Si elle dépasse 13–14 cm à l’herbomètre, la parcelle est débrayée. Intégrés dans un groupe d’une dizaine d’éleveurs pâturant, les deux associés sont accompagnés dans leur démarche par un conseiller du GDA de l’avesnois qui réalise des mesures d’herbe régulières et leur apporte un appui technique.
Pour assurer la production d’herbe, une grande attention est portée à l’entretien des prairies. Après la saison de pâturage, un passage de herse est systématique sur toutes les prairies. Un apport calcique est également fait tous les trois ans. Du côté de la fertilisation, les éleveurs considèrent que le lisier épandu en février et en juin est suffisant pour couvrir les besoins en phosphore et potasse. Par contre, 100 unités d’azote sont apportées au cours de la saison pour soutenir la production de la prairie. 
 
 
 FERME 2/4

Mini charges pour maxi pâturage !

GAEC Girard à Landrecies dans l’Avesnois

 

CARTE D’IDENTITÉ DE L’EXPLOITATION

Nom de la ferme : GAEC Girard
Particularité : Mini charges maxi pâturage !
Nombre de vaches : 105
Productivité/VL : 3500 litres
Surface disponible au pâturage/VL : 77 ares/UGB
Part d’herbe dans la SAU : 100 %

 

Historique
Installés depuis 1986 sur cette exploitation herbagère de l’Avesnois, les deux frères Girard ont progressivement fait évoluer leur système avec un maître mot : « minimiser les charges ». Au début des années 90, l’activité laitière est marginale. Un troupeau de 20 PH partage les surfaces avec 80 vaches allaitantes Charolaises. Etant donné la faible rentabilité du troupeau allaitant, ils optent pour échanger les PMTVA contre du quota. Face aux exigences de la Holstein en termes d’alimentation, ils choisissent d’acheter un taureau de race Bleue du Nord en 1993. Ils sont séduits par cette race rustique avec des qualités bouchères qui permettent une bonne valorisation des veaux et des réformes. En 2008, l’autorisation d’utiliser de l’ensilage en AB les motive à passer en bio. Ils élèvent aujourd’hui 105 vaches laitières de race Bleue du Nord et gardent 27 génisses chaque année en vêlage 3 ans.

 

Des vêlages très groupés au printemps
chez les freres Girard90 % des vêlages sont concentrés en mars et avril. La reproduction se fait entièrement en monte naturelle dès le 1er juin avec 3 taureaux. Pour les VL, 2 taureaux restent en bâtiment pendant les 3 premières semaines, « car le taureau se fatigue s’il court après les vaches. Après la traite elles viennent se coller aux cases des taureaux. » Dans ce laps de temps,  environ 90 vaches sont saillies, soit plus de 2 par jour et par taureau. Ensuite les taureaux sont lâchés dans le troupeau jusqu’au 1er septembre. Pour les génisses, un taureau les suit pendant 42 jours.


Tarissement intégral en hiver
« Au 25 octobre, le lait décroche tous les ans ! On tarie les vaches quand elles sont à moins de 5 litres/jour en moyenne ». La traite est stoppée aux alentours du 15 novembre. Pour la réforme il y a plusieurs critères :

  • Date de vêlage : 15 mai maximum
  • Identification des vaches vides : Fouille rectale sur toutes les vaches fin octobre et échographies si besoin.

Les animaux réformés sont vendus maigres avant la rentrée en bâtiment : environ 1000 €/bête.
D’autre part, le régime fiscal de l’exploitation est un élément décisif pour arrêter la traite. Car d’après les frères Girard « la ferme c’est de la gestion avant tout, la technique en découle après ».


Une alimentation 100 % herbe et 0 % concentrés toute l’année !
Le troupeau est nourri 100 % à l’herbe toute l’année. Les 116 ha d’herbe de l’exploitation sont divisés en une 40aine de parcelles de 2.5 à 3 ha en moyenne, disposées en étoile autour du bâtiment. La parcelle la plus éloignée se trouve à 1 km. Du printemps à l’automne, les animaux sont divisés en 2 lots : les vaches et les génisses. Les vaches passent en premier sur les parcelles pour consommer le meilleur, puis le lot des génisses passe juste derrière pour finir l’herbe. Le temps de présence sur une parcelle doit être le plus court possible et le temps de retour le plus long possible. Les éleveurs tiennent rigoureusement un planning de pâturage chaque année.
L’hiver les animaux sont divisés en 8 lots : 6 lots de vaches et 2 lots de génisses. Chaque lot sort 4 jours/mois au pâturage. Lorsqu’il est dehors, un lot consomme une pâture par jour sans être complémenté. Dans le bâtiment, les animaux sont affouragés avec de l’ensilage d’herbe récolté au 15 juin. Les parcelles fauchées ne sont jamais les mêmes d’une année sur l’autre. Depuis 2008, ni concentrés ni minéraux n’ont été achetés ou distribués. Les éleveurs expliquent « en arrêtant les concentrés et les minéraux au moment du passage en bio, on a encore réduit les charges et puis cela évite de devoir justifier ce qu’on donne auprès de l’organisme certificateur. On gagne du temps ! ».
Les vaches produisent en moyenne 3500 litres de lait par lactation, dont 300 litres sont bus par les veaux. « On ne cherche pas la production, on cherche la rentabilité ». En moyenne, les vaches font 4 veaux dans leur carrière. Dans ce système très herbager, les vaches maigrissent en hiver et commencent à reprendre de l’état en avril. Pour les frères Girard « une vache ça doit être maigre pour ne pas avoir de problème de véto ».


Des pluies régulières toute l’année
Les conditions pédoclimatiques sont relativement similaires au pays de Caux : limons profonds et 750 mm d’eau/an. En revanche la pluviométrie est répartie de façon plus homogène (voir graphique).

 

Un microclimat grâce aux haies
Dans ce système, les haies jouent un rôle important : elles servent de clôture, d’abris et de garde-manger pour les vaches. « On ne les taille jamais en hauteur. Elles sont élaguées au lamier tous les 7 ans et pendant l’hiver les vaches nettoient le pied de la haie et mangent les pousses de l’année ». Les haies hautes permettent d’allonger la période de pâturage et de réchauffer les prairies.


Développer l’immunité des veaux
Dès la naissance, les veaux sont séparés des mères. Ils sont nourris pendant 6 mois avec du lait yaourtisé (20 litres de lait pour 1 litre de yaourt), du foin et de l’eau à volonté. Aucun concentré n’est distribué. Pour le lait, ils reçoivent 5 litres en deux repas pendant les 3 premiers mois et 3 litres en deux repas pendant les 3 derniers mois. Les veaux sortent 15 jours en octobre sur une parcelle souvent pâturée par le reste des animaux. L’objectif est qu’ils s’infestent de parasites digestifs et pulmonaires afin de pouvoir développer leur immunité. Puis ils retournent en bâtiment pour 35 jours avant de sortir une fois par mois pendant l’hiver comme les autres lots.

 

>>> Voir la fiche complète de la ferme

 

 FERME 3/4 

Quand herbe rime avec : productivité, grand troupeau et main d’œuvre limitée !

 

Chez Marc Grandjean, les 1 200 000 litres de lait sont produits avec 79 ha de prairie et seulement 8 ha de maïs ! Ici l’herbe est au menu pour tout le monde, tous les jours et toute l’année. Même la ration des 110 laitières à 10 000 kilos est à base d’herbe… L’ensemble est géré par 1 UTH dans un complexe de bâtiment hors-sol : logettes sur tapis, caillebotis, racleurs automatique, 2 robots de traite, biogaz à la ferme…

 

CARTE D’IDENTITÉ DE L’EXPLOITATION

Nom : Ferme de Marc Grandjean
Particularité : Système herbager robotisé
Nombre de VL : 110
Productivité : 10 000
Ares/VL : 30 ares/VL
Herbe/SAU : 90 %

 

Une ferme robotisée depuis 2000 !
Marc Grandjean est installé en individuel sur la ferme familiale. Il exploite 87 ha, dont 79 ha en prairies permanentes et 8 ha de maïs. Après une installation en 1987 avec ces parents sur un système spécialisé lait, Marc se retrouve seul sur la ferme en 2000. Il décide d’installer un robot de traite, car en Wallonie la main d’œuvre agricole est rare (absence de formation agricole). « En 2000 c’est le 2ème robot installé par DELAVAL en Belgique ! L’installation est « expérimentale » alors le concessionnaire interdit les visites sur le site pendant plusieurs années… » Aujourd’hui le système est bien rodé, Marc à installé un deuxième robot en 2009 et travaille chez DELAVAL comme consultant pour installation robotisée.

 

Robot et pâturage, c’est possible !
« J’ai voulu continuer le pâturage avec les robots. Car quel que soit le système de production, l’herbe pâturée reste le fourrage qui coûte le moins cher ! Les vaches sortent pâturer le jour de 6h à 18h, puis je vais les chercher pour la nuit. » L’organisation du pâturage est facilitée par un bloc de 38 ha de prairie autour de la ferme. Avec 30 ares/VL, les parcelles sont conduites en pâturage tournant classique (plusieurs jours par parcelle). L’alternance fauche-pâture est respectée avec 1 fauche/an/parcelle. Cependant la gestion du pâturage avec les robots n’a pas été facile pour Marc Grandjean. « J’ai testé 2 saisons de pâturage jour et nuit, mais c’est trop difficile à gérer, il y a trop de perte de lait. Aujourd’hui je parviens à faire pâturer jusqu’à 40 % de la ration journalière et jusqu’à 800 mètres du bâtiment. »

 

La Wallonie : région herbagère
Dans cette région de la Wallonie1, l’assolement très « herbe » de Marc Grandjean est monnaie courante. Car dans le secteur 80 % de la SAU est en prairie permanente. Globalement les terres sont bonnes et très portantes. Par contre elles sont superficielles et très acides (roche mère schiste). Dans ce type de sol, les rendements maïs dépassent rarement 12 TMS/ha. Alors que les rendements herbe vont de 10 TMS/ha à 15 TMS/ha selon les types de prairie. Chez Marc Grandjean, « Le système est très herbager depuis toujours, au maximum j’ai cultivé 14 ha de maïs, aujourd’hui j’ai tendance à réduire la sole de cette culture. » Par exemple sur l’exploitation, le maïs coûte  1740 €/ha alors que l’herbe coûte 975 €/ha.

 

1 L’exploitation est située dans les Ardennes à 500 mètres d’altitude, avec 735 mm de précipitations annuelles et une température moyenne de 11,4°C. Pour comparaisons la Haute-Normandie est à 130 mètres d’altitude, avec 600 à 1000 mm de précipitations selon les zones et une température moyenne de 10°C. Cf. graphe

 

silo sandwich chez Marc GrandjeanLes recettes pour un menu à base d’herbe
En hiver, les vaches mangent 70 % d’ensilage d’herbe dans la ration quotidienne. Elle est récoltée en 4 coupes par an. Pour compenser la forte variabilité entre coupe, l’ensilage d’herbe est stocké en silo sandwich. (Cf. photo de droite) «  On a adapté la taille des fronts d’attaque par période de l’année (pâturage, hiver…). En système robotisé on essaye d’éviter au maximum les variations ! Le robot exprime le potentiel des vaches, mais il exprime les erreurs aussi… »
Aux 70 % d’ensilage d’herbe viennent s’ajouter le maïs produit sur la ferme sous forme d’ensilage plante entière. De l’ensilage de maïs épis est acheté plus au nord, dans une zone de production de maïs. « Je privilégie le maïs épis car il équilibre bien l’herbe distribuée en grande quantité. Avec du maïs plante entière, on déconcentre les rations à base d’herbe. » Les drêches de brasserie distribuées sont livrées directement par une brasserie située dans le village. Un correcteur azoté est apporté également. « Toute l’année la ration reste fixe dans les proportions. C’est la quantité distribuée qui varie en fonction de l’ingestion au pâturage. »
Les récoltes d’herbe sont réalisées par entreprise. Pour l’ensilage d’herbe, c’est 2 autochargeuses, 1 bulldozer et 1 tonne à lisier qui viennent ramasser l’herbe. « Chez nous les prairies sont fertilisées uniquement avec du lisier épandu juste après la récolte. J’obtiens facilement 10 à 12 TMS/ha sans engrais de synthèse. » L’exploitant a en propriété une faucheuse, une faneuse, un andaineur et un semoir de sursemis.


Des prairies permanentes qui vieillissent bien !
En Wallonie les prairies permanentes sont rénovées ou sursemées tous les 6 à 8 ans. Le sursemis est réalisé pour l’entretien de la prairie, comme un amendement. Il est effectué avec des espèces à implantation rapide comme le trèfle blanc (TB) ou le ray grass anglais (RGA). « On fait des mélanges à base de 15 kg de RGA pour 3 kg de TB. La dose de semis est inférieure à 10 kg/ha car il y a beaucoup d’échec. On sursème entre le 15 août et le 15 septembre ou en sortie d’hiver. »
Pour la rénovation, les semis sont faits sous-couvert de pois-protéagineux. Avec 120 kg/ha à 5 cm de profondeur semé le même jour que la prairie. « On fauche 100 jours après semis et on ensile après 2 jours de ressuyage. »


Bonne rentabilité mais forte sensibilité au prix
En 2014, l’entreprise à dégagé 176 000 d’EBE sur 87 ha, soit 2 000 € d’EBE/ha et 94 000 € de revenu. En 2013 c’est 139 000 € d’EBE, soit 1 600 € d’EBE/ha et 65 000 € de revenu. La rentabilité de l’exploitation est bonne, mais les prix bas en 2015 rendent la gestion difficile. « Je vends du lait à 27 centimes, alors qu’il ne faut 29 centimes pour payer mes charges et 32 centimes pour pouvoir me payer ! En ce moment je négocie avec mes fournisseurs et la banque pour reporter les paiements… »


Passer en bio pour sortir du marché mondial !
 « Je n’ai pas d’espoir sur le prix du lait car le cour est mondialisé. Sur ce grand marché, nous sommes en concurrence avec des pays qui ont (1) moins de problème d’accès au foncier, (2) moins de normes environnementales et (3) moins de charges sociales. Ces trois éléments créent une distorsion de concurrence pénalisante pour nous. Alors aujourd’hui je réfléchis à passer en Agriculture Biologique pour sortir du marché mondial. »

 

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 FERME 4/4

Pâturer sur gazon court en climat arrosé

La famille Theissen à Manderfeld en Haute-Ardenne

 

CARTE D’IDENTITÉ DE L’EXPLOITATION

Nom de la ferme : Exploitation Theissen
Particularité : Pâturage sur gazon court
Nombre de vaches : 100
Productivité/VL : 5500 à 6000 litres
Surface disponible au pâturage/VL : 60 ares
Part d’herbe dans la SAU : 100 %


Historique
M. Theissen s’est d’abord installé sur 50 ha de prairies avec 50 VL de race Holstein. Il fait alors partie d’un CETA où il commence à parler d’agriculture biologique. Son système est déjà très herbager et en 1998 il décide de passer à l’AB : « j’ai gagné de l’argent avec beaucoup moins de travail ». En 2009, deux de ses filles viennent s’installer avec lui. Ils augmentent le troupeau et élèvent aujourd’hui 100 VL sur 100 ha de prairies.

 

Du lait à l’herbe et peu de génisses de renouvellement
Les vaches produisent en moyenne 5500 à 6000 litres de lait par lactation. Les vêlages sont groupés en fin d’hiver avec 80 % en janvier et février. La moitié des vaches est inséminée avec des races laitières (jersey, brune suisse, fleckvieh,…) pour assurer le renouvellement. L’autre moitié est inséminée avec des bleues du nord car les veaux mixtes sont mieux valorisés. Chaque année 20 génisses sont élevées pour vêler à 2 ans, soit un taux de renouvellement de 20 % !

 

Jean-Marie BruyellesDe la pelouse pour les vaches
De début mars à fin octobre les vaches pâturent 35 ha divisés en 2 parcelles : une de nuit et une de jour. Pour l’été, une parcelle supplémentaire de 25 ha est ouverte aux vaches, soit un chargement au pâturage de 60 ares/VL. Le principe est de garder toujours un tapis d’herbe rase sur toute la surface. Cette technique nécessite beaucoup d’observation : « dès que des refus commencent à apparaitre il faut réagir très vite pour réduire la taille de la parcelle ». Les zones des refus sont isolées pour être fauchées au bout de 15 jours puis elles sont directement réintégrées à la grande parcelle. Environ deux fauches de refus sont effectuées par an. Le pâturage sur gazon court permet de maitriser les rumex, car les vaches le consomment quand il est jeune.

 

Le pâturage sur gazon court pour des vaches en bonne santé
Selon l’éleveur « c’est le meilleur système pour la digestion : les vaches mangent tout le temps donc elles sécrètent beaucoup de salive ce qui permet de maintenir le pH du rumen stable. En plus, l’herbe est toujours pâturée au même stade, il n’y a pas de transition alimentaire durant la saison de pâturage ».  

 

Une alimentation riche en hiver
Les surfaces de fauches sont gérées en 3 coupes par an afin d’avoir un fourrage de haute valeur alimentaire sous forme d’ensilage et enrubannage. Ce fourrage permet de soutenir les génisses de 24 mois juste avant le vêlage et les lactations qui débutent en janvier. En plus des fourrages, 300 à 400 kg/VL/an de concentrés sont distribués sur deux périodes. Pendant les 2 premiers mois de lactation les vaches consomment 4 kg/VL/jour avec la ration distribuée à l’auge. Le reste de l’année une faible quantité est maintenue principalement pour faire venir les animaux en salle de traite.

 

Le pâturage sur gazon court, une technique adaptée au climat de Manderfeld
A Manderfeld, les pluies sont abondantes toute l’année et ne passent jamais sous la barre des 80 mm/mois même en été. En comparaison,  dans le pays de Caux elles sont de 80 mm au maximum en novembre (Cf. graphe). Avec ce climat il y a peu de risque de déficit hydrique : 110 mm en juillet. De plus, la température moyenne est de 3°C inférieure à la Haute-Normandie donc il y a rarement des « coups de chaud ». Ces conditions sont indispensables à la pratique du pâturage sur gazon court. En effet, avec cette technique, l’herbe s’adapte en poussant au ras du sol comme une pelouse. Ses racines sont courtes, ce qui la rend plus sensible au manque d’eau et aux fortes températures. « En cas de sec ou de froid il n’y a pas d’avance d’herbe et la pelouse peut griller ». En Haute-Normandie, où les périodes de manque d’eau sont plus fréquentes, cette technique ne semble pas adaptée.

 

Malgré un climat moins poussant en été, le pâturage tournant bien mené permet d’avoir un chargement plus important en Haute-Normandie qu’à Manderfeld avec le pâturage sur gazon court.

 

Chargement

Pâturage sur gazon court

à Manderfeld

Pâturage tournant

en Haute-Normandie

Printemps 35 ares/VL 30 ares/VL
Eté 60 ares/VL 50 ares/VL

 

Des veaux élevés à l’herbe et sans concentrés
Les veaux sont nourris avec du lait yaourtisé à volonté pendant les 5 premières semaines, soit 10 à 12 litres/veau/jour distribués au milkbar. Puis ils sortent le plus tôt possible en prairie, dès avril, et continuent à recevoir 4 à 5 litre/veau/jour jusqu’à 5 mois. Pour la gestion du pâturage, même régime que les vaches : pâturage sur gazon court. Malgré la pression parasitaire, l’élevage des veaux à l’extérieur est possible grâce aux anticorps contenus dans le lait consommé. Cependant les veaux reçoivent des traitements antiparasitaires au cas par cas.


Une entreprise très rentable
Les résultats économiques sont très bons : en moyenne 200 000 € d’EBE/an pour les 3 associés.

 

>>> Voir la fiche complète de la ferme

 


Agenda

 

3 novembre et 16 décembre
Formation "Parasitisme des bovins à l’herbe et des jeunes en stabulation"

1ère journée chez la famille Soenen au Bec-Thomas (27)

Infos : Joseph et Marjolaine

 

Mardi 10 novembre
Journée technique "Dérobées fourragères" Groupe Herbe Pays de Bray
Infos : Bertrand

 

Mercredi 18 novembre

Journée filières monogastriques bio (porcs, pondeuses, volailles de chair) à Quatremare (27)
Infos : Marjolaine

 

Jeudi 3 décembre
Porte ouverte chez la famille Battement au Mesnil-Follemprise (76) "Séchoir à foin avec déshumidificateur et reconditionnement du foin vrac"
Infos : Joseph

 

Mardi 15 décembre

Formation "Pour une ration hivernale efficace en bovin lait" en pays de Caux (lieu à définir)

Infos : Coralie

 

Jeudi 17 décembre
Formation "Planter des haies : production d'énergie et biodiversité" en pays de Caux (lieu à définir)
Infos : Coralie


Jeudi 21 janvier 2016

Formation "Le pâturage des génisses de renouvellement" chez Mathieu Grenier à Saint-Vaast-Dieppedalle (76)
Infos : Joseph

 

25 janvier - 24 mai 2016
Formation "Aromathérapie en élevage laitier", niveau débutant

Infos : Coralie

 

animateurs

 
 

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Marjolaine Huguet & Joseph Duhamel
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