Panse Bête n°16 : en direct des prairies !

 

 

Panse Bête n°15Avril 2017

Lettre d'information co-rédigée
par les Défis Ruraux et le GRABHN.
Informations techniques et témoignages sont au menu.

Bonne lecture !

 

   Marjolaine Huguet & Jules Duclos, conseillers élevages au GRAB HN
   Céline Déprés, animatrice systèmes herbagers aux Défis Ruraux

 
 

En ce moment

Réduire les concentrés !

 

Avec la mise à l’herbe, c’est l’occasion de réaliser des économies sur les concentrés, et notamment le correcteur azoté, en le diminuant progressivement - de 0,5 kg en 0,5 kg - pour trouver le nouvel équilibre de la ration en limitant les pertes d’azote. Un taux d’urée autour de 220-250 peut être un bon repère.
Par ailleurs, en dessous de 30 % de maïs dans la ration, il est possible de faire l’impasse sur le correcteur azoté. D’autant plus cette année, où le trèfle est très présent dans certaines parcelles observées dans nos réseaux.

 


Nos éleveurs témoignent

 

♦ Douce et Vincent ANGER – Polyculteurs et éleveurs bovins et ovins allaitants en conversion à l’AB – La Rue-Saint-Pierre (76) – Pays entre Seine et Bray – 53 ha de prairies accessibles au pâturage + 15 ha de prairies temporaires de fauche (témoignage d’avril 2017)

 

« Nous avons engagé notre exploitation en agriculture biologique au printemps 2016. L’herbe tenait déjà une place importante dans la ration de nos deux troupeaux. Mais en hiver, nous complémentions avec des betteraves fourragères et de la paille, une conduite que nous ne pouvions pas poursuivre en bio. Les agneaux de bergerie étaient aussi élevés avec un concentré du commerce. Pour mener à bien la conversion et viser l’autonomie fourragère, nous avons dû augmenter les surfaces en herbe pour notre troupeau. En fin d’été 2016, nous avons donc semé 10,6 ha de prairies de pâture et 15 ha de prairies temporaires de fauche. Aujourd’hui, nos 300 brebis et nos 23 vaches suitées ont accès à 53 ha pour le pâturage contre 42,4 ha en conventionnel. Pour le pâturage, nous visons un chargement de 30 ares/UGB au printemps et 50 ares/UGB en été-automne. Le chargement global est de 1,6 UGB/ha de surface fourragère. »


Olivier POTEL – Eleveur de 40 VL normandes en conversion – Saint-Honoré (76) – Vallée de la Varenne, Pays de Bray – 20 ha de prairies accessibles au pâturage + 11 ha de prairies temporaires de fauche (témoignage d’avril 2017)

« Fatigué de dépenser des fortunes dans les intrants, d’abimer ma santé et de vendre mon lait à 30 centimes, j’ai opté pour une conversion en bio en mai 2016. Même si une grande part d’herbe entrait déjà dans la ration, je savais que l’intérêt économique du passage au bio résidait surtout dans la baisse des charges. J’ai donc dû optimiser mon système de pâturage pour pouvoir fermer le silo le plus longtemps possible. Après avoir implanté 5 ha d’herbe assez proche de la ferme et 11 ha de prairies de fauche à l’automne, j’ai aménagé le parcellaire cet hiver pour pouvoir faire du pâturage tournant. Pour les surfaces, je me suis basé sur une référence de 30 ares/VL au printemps et 45 ares/VL l’été. Je ferai le point en fin de saison. Aujourd’hui mes normandes viennent de finir de déprimer les 23 paddocks de 0,8 à 1,2 ha et comme elles sont sorties le 13 février, je ne suis pas débordé par l’herbe, malgré une pousse exceptionnelle. Au niveau de la ration, le seul changement cette année va être l’arrêt de la complémentation en maïs humide au pâturage car mon maïs en stock n’est pas bio. Dommage car il viendrait bien équilibrer le trèfle très présent ce printemps ! »

 

premier tour de paturage

Après le déprimage, 1er tour de pâturage entamé le 18 avril
dans de l’herbe à 12 cm herbomètre.

 

Autonomie en protéines : Le toasteur mobile arrive en Normandie !

 

En élevage de ruminants comme en élevage de porcs ou de volailles, l’autonomie en protéines passe par la production de pois, féverole, vesce ou lupin pour alimenter le troupeau. Le chauffage de ces graines rend leurs protéines plus assimilables et permet de gagner en autonomie.


Améliorer la valorisation des protéines contenues dans les graines de protéagineux

 

Les graines crues de protéagineux sont difficiles à digérer pour plusieurs raisons :

  • Les protéines sont souvent présentes sous forme soluble et fortement dégradable dans le rumen. Elles sont donc peu disponibles dans l’intestin et peu assimilées, donc gaspillées.
  • La présence d’amidon soluble les rend acidogènes à forte dose.
  • Les grains contiennent des facteurs antinutritionnels qui nuisent à la digestion.

Le chauffage subi par les graines pendant le toastage permet de « protéger » les protéines et d’obtenir une meilleure assimilation dans l’intestin : les PDIE augmentent. Le phénomène est similaire pour l’amidon qui devient moins dégradable dans le rumen et donc moins acidogène. Par ailleurs ce procédé permet de détruire une partie des facteurs antinutritionnels qui limitent l’incorporation de protéagineux crus dans la ration des ruminants et monogastriques. Enfin, le chauffage augmente la teneur en matière sèche et élimine les bactéries et champignons permettant ainsi une conservation plus longue.

 

Le principe du toastage
Un brûleur chauffe de l’air à 280 °C, les grains sont acheminés sur une grille perforée par une vis sans fin et chauffés jusqu’à 100 °C à cœur. Ce chauffage modifie la structure moléculaire des protéines et augmente leur digestibilité. Les graines doivent ensuite être refroidies dans une benne ou sur dalle béton avant la mise en cellule.

 

toasteurUn toasteur mobile dans le grand ouest
Depuis cet automne, un toasteur mobile de la société Protéa Thermic couvre la Bretagne, les Pays-de-la-Loire et la Normandie permettant aux éleveurs de bénéficier de ses services à partir de 20 tonnes de graines à toaster. Equipé d’un nettoyeur-trieur, il permet aux producteurs cultivant des mélanges céréales protéagineux de séparer les protéagineux et de les toaster. Le coût de la prestation s’élève à 50 €/tonne sans triage et 60 €/tonne avec triage, pour un débit de 4 tonnes/heure.

 

Un intérêt évident en agriculture biologique
Plusieurs essais sont en cours sur le terrain pour tester l’efficacité de ce procédé. Le tableau ci-dessous présente une synthèse des analyses faites à partir d’échantillons de grains crus et toastés provenant de fermes vendéennes.

 

  UFV/kg MS     PDIN   PDIE
     



 Non toasté   Toasté Non toasté Toasté  Non toasté Toasté   
Pois fourrager 1.05 1.15 123 161 77 153
Féverole 1.03 1.11 167 217 86 174
Tourteau de soja 1.07   332   223  
Tourteau de colza 0.9   247   155  

Source : Grapea – Civam 85

 

Une fois toastés, les niveaux de PDIE du pois et de la féverole seraient équivalents à ceux d’un tourteau de colza. Au GAEC des Rocs, en remplaçant la féverole crue par de la féverole toastée, les éleveurs laitiers ont observé un gain moyen de 1,1 litres de lait par kilogramme de produit toasté. Au vu du prix des tourteaux en bio, cette technique est une véritable opportunité pour produire soi-même ses protéines de façon plus économe et autonome. 

 

Penser à équilibrer la ration
Si les protéagineux toastés représentent une vraie alternative aux tourteaux, leur utilisation doit se raisonner en fonction des besoins des animaux et de l’équilibre de la ration. Remplacer des protéagineux crus (riches en azote soluble) par des protéagineux toastés dans une ration initialement équilibrée pourrait par exemple créer un manque d’azote soluble.

 

Contact
Protéa Thermic - Le Hinguet - 56120 LA CROIX HELLEAN
Joël GUEGAN - 06.76.24.51.82

 

Bien valoriser ce qui est distribué : un gain pour l’éleveur et pour l’animal


Il est fréquent de ne pas obtenir la productivité visée, malgré une ration équilibrée. Une des explications peut être une valorisation incomplète des aliments distribués aux animaux, même si ces derniers sont de bonne qualité. Appliquer quelques règles basées sur la physiologie digestive des ruminants peut permettre de pallier ce problème.


Nourrir les micro-organismes pour bien valoriser sa ration

 

La vache ingère, mais elle ne digère pas : ce sont les micro-organismes du rumen qui vont dégrader les fourrages et concentrés pour les transformer en Acides Gras Volatils (AGV). Ce sont ces AGV qui seront assimilés dans l’intestin et transformés en lait, viande…


Avec une alimentation excédentaire, le rumen se vidange trop rapidement pour libérer de la place. Les micro-organismes n’ont pas le temps de dégrader les fourrages : une partie des fibres passe directement dans les bouses, et la quantité d’AGV produits par les micro-organismes diminue. On devient alors « producteur de bouses » et non pas producteur de lait….


De plus, plusieurs flores cohabitent dans le rumen, notamment les flores cellulolytique et amylolytique. Pour que ces deux flores soient présentes en proportion suffisante dans le rumen, il est important d’éviter de les spécialiser à un repas. Par exemple, trop de fibres le matin profitent à la flore cellulolytique, mais qui se trouve démunie le soir lorsqu’arrivent les concentrés. Les différents repas de la journée doivent donc être équilibrés et semblables.


Toujours pour optimiser le fonctionnement du rumen, il faut limiter au maximum les variations de pH qui nuisent aux micro-organismes. Pour cela, le meilleur moyen est de proposer des rations suffisamment fibreuses aux animaux. Celles-ci vont stimuler la production de salive qui viendra tamponner l’acidité du rumen.


Comment préserver la stabilité du rumen ? Et quels indicateurs observer ?

 

Se fixer un maximum de 21,5 kg MS/VL/jour est déjà une première étape. En l’absence d’outils de pesée disponible, mais aussi pour vérifier la vitesse du transit du bol alimentaire, on peut alors observer les bouses. La présence de fibres de plus de 2 cm signale une dégradation incomplète des fibres par les micro-organismes. Il vaut donc mieux des périodes d’auges vides dans la journée, pour que les vaches aient le temps de ruminer et les micro-organismes de travailler.

 

Pour éviter la « spécialisation des flores », les repas doivent être semblables sur la journée, à la fois en terme de distribution, mais aussi en veillant à ce que les vaches ne trient pas la ration, laissant de côté les fourrages plus grossiers. Décaler le cordon d’alimentation du cornadis de façon à ce que les vaches n’aient réellement accès qu’à la moitié de leur ration permettra d’équilibrer les apports de fibres et d’éviter le tri, l’autre moitié étant repoussée le soir. La ration sera alors mieux valorisée (voir les schémas).

dessin1  dessin2

 

Pour finir, il ne faut donc pas hésiter à ajouter de la paille ou du foin de luzerne dans les rations riches en maïs, concentrés, ensilage d’herbe ou même avant le pâturage d’une jeune prairie riche en trèfle. Dans le cas des rations mélangées, faire attention à ne pas détruire toutes les fibres en laissant la ration trop longtemps dans la mélangeuse. Pour les distributions à la désileuse, essayer de faire un repas de foin 20 min avant le donner le maïs et/ou les concentrés.
Une fois ces quelques règles mises en place, il est possible d’observer ses animaux pour juger de l’efficacité de ces changements. C’est par exemple ce que propose la méthode Obsalim dont le principe est d’apprendre à décrypter les signes physiologiques que montre l’animal pour piloter la ration et conduire un troupeau dans la rentabilité, sans pathologies. Un diagnostic précis de l’état nutritionnel et des besoins de l’animal est établi à partir de l’observation des yeux, des pieds, du poil, de la robe, des bouses, de l’urine et d’autres indicateurs puis la ration est corrigée si besoin.


Des économies importantes et des vaches en meilleure santé

 

Finalement, quelques techniques  assez simples permettent de prendre en compte le fonctionnement des micro-organismes du rumen dans l’alimentation des bovins. La physiologie du ruminant étant mieux respectée, l’animal se trouve en meilleure santé et des économies sur les fourrages et concentrés sont réalisées.

 


Trucs et astuces

 

meteil pois feveroleRÉSULTATS ESSAIS REINE MATHILDE

Le mélange pois-féverole : un fourrage à ensiler riche en protéines qui peut être facilement intégré dans la rotation

 

Quelle dose de semis ?
La dose conseillée est 15 grain/m² de féverole et 50 grain/m² de pois. Il est possible d’ajouter 10 kg de vesce pour augmenter la biomasse et occuper le terrain (concurrence adventices). Il est préférable d’utiliser des pois protéagineux pour limiter la verse. Le terrain doit être frais et humide.

 

Quand semer ?

 

Au printemps pour servir de couvert à une nouvelle prairie
Il est possible de semer ce mélange en mars-avril avec une prairie. Récolté avant qu’il n’étouffe trop la prairie (juillet), il servira de couvert pour garder l’humidité et limiter le développement des adventices. Attention cependant au gel et à la battance pour les semis précoces, à la sécheresse pour les tardifs.

 

A l’automne avant un maïs
Deuxième possibilité : un semis début-mi novembre pour une fauche en mai-juin. La terre est ainsi libérée pour implanter un maïs très précoce qui sera ensilé à l’automne. Ne pas semer plus tôt car les pois développés sont sensibles aux derniers gels d’hiver et aux maladies aériennes.


Récolte
- Fauche, laisser au sol 3 jours, récolter avec une ensileuse, pick-up herbe
- Compromis qualité/quantité : viser le stade pois de conserverie
- Produit très humide : ne pas utiliser de conditionneuse,
- Récolter à 28 % de MS minimum pour éviter que le silo coule

 

D’après les essais réalisés dans le cadre du projet Reine Mathilde, on peut espérer un rendement de 5 à 11 t MS pour un produit à 16 à 20 % de MAT. Le risque de verse n’est donc pas à négliger car il peut faire doubler le coût de MS de ce fourrage déjà onéreux.

 
 

Photo : méteil pois-féverole semé début novembre chez M. Soudet (76, Maulévrier-Sainte-Gertrude, photo du 11 avril)


 


Agenda


18 mai
Réunion du groupe Herbe Pays de Bray
Infos : Céline

 

24 mai à 13 h 30
Portes ouvertes chez Gilles Thillard (lait, poules pondeuses et grandes cultures bio) à Sainte-Beuve-en-Rivière
Infos : Christophe Dupeyre 06.95.75.69.47

 

Courant mai
Réunion du groupe Herbe Pays de Caux
Infos : Céline

1er juin
Journée agroécologie organisée par la MFR de Tôtes sur la ferme de Gaëtan Delacroix (Tôtes)
Infos : Jules ou Céline

 

7 et 8 juin
"Terr’eau Bio" à Chevrefeuille (Oise), salon professionnel des techniques bio
Infos : http://www.terreaubio.fr/

 

23 juin à partir de 11 h
Fête de la bio le à Saint-Hilaire-de-Briouze (Orne)
Infos : Jules

 


Crédits photos : A. Bertereau - Agence Mona, Protéa Thermic, GRAB HN, Défis Ruraux.

 
 


 

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