Panse Bête n°14 : en direct des prairies !

 

 

Panse Bête n°13

Voici la lettre d'information co-rédigée
par les Défis Ruraux et le GRABHN.
Informations techniques et témoignages sont au menu.

Bonne lecture !

 

Marjolaine Huguet & Joseph Duhamel, conseillers élevages au GRAB HN
Coralie Henke & Bertrand Farrié, animateurs systèmes herbagers aux Défis Ruraux

 
 

Nos éleveurs témoignent

 

Jean-Michel DALLIER, éleveur naisseur biologique en race Ferrandaise – Forges-les-Eaux (76) – Pays de Bray – 16 ha de prairies permanentes à faible potentiel – 9 à 10 vêlages par an – 3 ou 4 animaux élevés par génération.

vache ferrandaise« J’ai commencé cet élevage il y a 10 ans en complément d’une activité de conseiller agricole. J’ai choisi de conduire mon troupeau en agriculture biologique et de baser mon système sur l’herbe. Seuls les veaux au sevrage reçoivent un complément en petite quantité pour leur premier hivernage.
Je souhaite montrer qu’il existe d’autres modes d’élevage et que les concentrés ne sont pas une obligation lorsqu’on maîtrise bien la conduite de l’herbe. Mes animaux, sauf les veaux, restent  dehors toute l’année. En hiver, une complémentation en foin se fait sous abri sur les deux parcelles les plus portantes. Le reste de l’année, je pratique le pâturage tournant avec une rotation sur 7 parcelles dont 3 sont fanées une fois par an. Les périodes où l'herbe est épiée sont difficiles à gérer car elles ne permettent pas de maintenir l'engraissement que l’on a au printemps.
Cette année, un bœuf un peu au-dessus du lot a pu être présenté au concours de Forges-les-Eaux. Historiquement, on présentait des bœufs et des génisses finis à l'herbe pour ce concours de fin août. Aujourd’hui, les animaux présents sont tous des consommateurs de concentrés. Le bœuf que j’ai présenté au concours a eu un GMQ moyen de 666 g/jour ; à 41 mois, il pèse 510 kg de carcasse et est classé R+. Unique représentant de ce type de conduite, mon bœuf dénotait au milieu des animaux finis à grand renfort de concentrés, jusqu’à 12 kg/jour !
Le but était d’ouvrir le paysage à une autre façon de produire. Cependant, l’accueil des marchands de bestiaux reste mitigé. Bigard a proposé de me l’acheter pour 3.9 €/kg selon sa grille R+, alors que Normandie Viande Bio me l’achète à 5 €/kg. Les deux demi carcasses finiront chez deux bouchers parisiens qui n'ont pas de réticences pour l'agriculture biologique.
Le chemin à parcourir pour que les bovins finis à l’herbe soient valorisés dans la filière boucherie est devant nous, il ne passera que par la communication ! »

Charlène et Thomas Fourdinier, éleveurs laitiers de 80 vaches – Avesnes en Bray (76) – Pays de Bray

Charlene et thomas fourdinier« Depuis quelques temps, nous avons changé la distribution de la ration des vaches laitières. Auparavant, les vaches étaient nourries le matin, sortaient la journée au pâturage et nous poussions ce qui restait dans l’auge le soir pour que les vaches le consomment après la traite. Aujourd’hui, nous avons inversé notre façon de procéder. La ration est distribuée aux vaches le soir avant qu’elles ne sortent passer la nuit dehors et c’est au moment de la traite du matin qu’elles finissent ce qui reste dans l’auge. Même s’il faut nuancer les résultats du fait de l’arrivée dans le troupeau de quelques débuts de lactation, nous avons gagné 2L/VL/j et entre 1 et 1.5 points de TP depuis que nous avons effectué cette modification qui ne nous a demandé aucun effort ! En plus, les vaches remontent toutes seules le soir pour la traite ce qui facilite notre travail. Reste à voir comment cela se passera quand il fera plus humide car les vaches ont tendance à stationner en entrée de parcelle à la fin de la journée… »
 

Bien valoriser l’herbe d’automne

Réaliser un bon pâturage d’automne est une des clés pour optimiser la conduite de l’herbe dans les élevages. Et contrairement aux idées reçues l’herbe d’automne n’est pas « de la salade » mais possède une valeur alimentaire intéressante qui permet d’économiser des concentrés.

 

En automne, l’herbe continue à pousser.
Selon les zones, la pousse d’automne varie de 15 à 40 kg MS/ha/jour et se prolonge tant que les températures sont supérieures à 0°C. Pour une exploitation disposant de 50 ares d’herbe/UGB, l’offre fourragère peut atteindre les 15 kg de MS/UGB (pousse de 30 kg de MS/ha/jour). La production d’automne est donc loin d’être négligeable et peut représenter 1 à 2.5 tMS/ha.


L’herbe d’automne : source d’économies en protéines.
Il existe aujourd’hui de nombreuses études qui comparent la composition de l’herbe de printemps et d’automne. En dehors des cas particuliers liés aux refus non consommés ou au développement de la rouille, l’herbe d’automne est un fourrage de qualité dont la composition se rapproche de celle de l’herbe au moment du déprimage (Cf. tableau 1). Bien souvent, c’est une herbe plutôt excédentaire en azote qui peut permettre de réduire les correcteurs azotés.

 

tableau1

 

Alors pourquoi a-t-elle mauvaise réputation ?
En automne, si la qualité est bien au rendez-vous, c’est la quantité d’herbe ingérée par les animaux qui peut faire défaut. En effet, l’appétence peut être dégradée pour plusieurs raisons :

  • Accumulation depuis la mise à l’herbe des bouses et des pissats sur la prairie.
  • Salissement de l’herbe lié au pâturage en conditions humides.
  • Allongement de la période nocturne pendant laquelle les vaches consomment moins d’herbe.

Une bonne conduite du pâturage en automne permet de limiter la diminution de l’ingestion d’herbe.


Bien conduire le pâturage d’automne.
En automne, contrairement au pâturage de printemps, la hauteur d’herbe en entrée de parcelle n’est pas importante. Les épis des graminées ont été consommés au printemps, et les repousses ne seront que feuillues. Cela permet une plus grande souplesse d’exploitation. On fait le tour des parcelles dans l’ordre de rotation. Il faut viser une hauteur de sortie autour de 4 cm pour avoir une parcelle bien nettoyée.


Le nettoyage des parcelles conditionne la qualité des repousses l’année suivante. En effet l’automne-hiver est la période préférentielle de tallage des graminées. Pour favoriser le tallage, il faut qu’il y ait de la lumière à la base de la tige. C’est pourquoi il faut bien raser les prairies. Le nettoyage des parcelles est aussi favorable au trèfle qui a besoin de lumière pour résister au froid.


Bien gratter les prairies ne pénalise pas le stock d’herbe disponible au printemps. Une étude a comparé deux prairies qui ont été ou non grattées à l’automne.

 

tableau2

 

On peut voir que le stock d’herbe au printemps est équivalent dans les deux prairies mais avec une pousse d’herbe deux fois plus importante dans la prairie qui a été grattée. La « vieille herbe » a limité la pousse de printemps.

 

Utilisation du bois déchiqueté en litière pour les animaux

L’intérêt de la paille de céréales comme litière n’est plus à démontrer dès lors que l’on dispose de surfaces en céréales nécessaires pour être autonome. Cependant, elle peut engendrer des coûts non négligeables  quand elle doit être achetée à l’extérieur. Dans une région où les haies ont encore leur place, le bois déchiqueté (ou plaquettes) représente une vraie alternative.


vache litierePourquoi utiliser du bois déchiqueté ?
Le bois déchiqueté possède des capacités d’absorption très importantes, 1 m3 de plaquettes (environ 250 kg) peut absorber jusqu’à 350 litres de lisier. De plus, c’est un matériau « plein » contrairement à la paille qui est une fibre creuse. Résultat : là où la paille s’écrase, le bois garde sa structure ce qui permet une meilleure action drainante des jus de la litière. La fréquence de paillage est fortement réduite ce qui permet de diminuer de 30 à 50 % la quantité épandue. De plus, les éleveurs qui l’utilisent estiment que le curage est facilité car le fumier est moins tassé qu’un fumier 100 % paille.


Une utilisation seule ou en combinaison avec la paille.
Le fond de la litière peut être réalisé en bois déchiqueté seul. On épand une dizaine de centimètres de plaquettes (1 m3 pour 15 m²) dans la stabulation, avant l’entrée des animaux. Puis, après trois semaines, on rajoute régulièrement des plaquettes ou de la paille. On peut alterner une couche de plaquettes avec une couche de paille pendant tout l’hiver. Cela permet de réchauffer la litière et d’augmenter le confort des animaux par rapport à une litière 100 % bois qui a tendance à être plus froide.


Comment obtenir une litière de qualité ?
Comme pour tout type de litière, il faut être vigilant sur la qualité du matériau, afin d’obtenir la meilleure absorption possible.
Même si tous les bois peuvent être utilisés, les bois blancs (saule, peuplier, bouleau, noisetier…) sont moins denses et donc plus absorbants.
Le bois déchiqueté doit être stocké dans de bonnes conditions pour atteindre un taux d’humidité idéal entre 15 et 25 %. Pour cela, les plaquettes « fraiches » peuvent être placées sur une aire bétonnée en tas de 2 mètres de haut minimum. Après quelques jours, sous l’effet de la fermentation, la température du tas s'élève progressivement pour atteindre 70 à 80°C. Cette température se maintient pendant 4 à 5 mois ce qui permet de sécher naturellement les plaquettes sans risques d’incendie (la combustion spontanée du bois se produit à partir de 240°C). Pendant cette période, il ne faut pas brasser le tas car son oxygénation provoquerait un compostage.

Si l’on produit soi-même ses plaquettes, l’idéal est de couper le bois en hiver et de le broyer au printemps pour qu'il puisse fermenter, chauffer puis sécher en été.

 

Quel intérêt économique ?
L’intérêt du bois déchiqueté sec acheté auprès d’une structure d’approvisionnement est discutable puisqu’il revient environ à 100 € la tonne. Mais cela peut constituer une solution d’appoint lors de périodes de pénurie de paille.

En revanche, cette solution représente un avantage indéniable chez les éleveurs qui entretiennent régulièrement des haies. En plus de la réduction de la quantité de litière, le broyage du bois récolté revient à un coût d’environ 30 € la tonne contre un prix de marché d’environ 60 € la tonne pour de la paille.

 

Le bois déchiqueté, parfait en système herbager.

L’intégration de bois déchiqueté dans la litière doit avant tout être raisonnée en fonction de la disponibilité des matériaux (autonomie en paille, présence de haies…). Il est parfaitement complémentaire des systèmes pâturants bocagers qui offrent une matière première abondante et peu coûteuse.

 



Trucs et astuces

 

L’ENRUBANNAGE DE MAÏS ÉPI, UN CONCENTRÉ D’ÉNERGIE, SOUPLE D’EXPLOITATION

Le 29 septembre dernier Frédéric DURAND, éleveur naisseur-engraisseur à Bardouville, a testé une nouvelle technique de récolte et de conservation du maïs : l’enrubannage de maïs épis.


enrubannage mais epiLe principe.
La récolte du maïs épis se fait avec une ensileuse équipée d'un cueilleur à maïs grain. L'épi est broyé finement avec la rafle. Il est ensuite benné dans une trémie équipée d’un tapis convoyeur qui alimente la presse par le dessus. La boule confectionnée est liée puis enrubannée. Cette presse conditionne le maïs en boules de 1 000 kg.


Pourquoi enrubanner du maïs épi ?
Ce conditionnement offre une grande souplesse d’exploitation à l’éleveur. Il n’y a pas de front d’attaque à gérer comme pour un silo d’ensilage. Les boules sont ouvertes selon les besoins et peuvent être mises facilement en libre-service. Si les conditions de stockage sont respectées, le fourrage peut être conservé durant 12 mois sans perdre en qualité.
Les résidus ont eux aussi été récoltés et pourront être utilisés comme litière.


Un concentré facile à équilibrer.
L’enrubannage de maïs épi est plus riche en énergie (1,05 à 1,08 UF) qu’un ensilage de maïs plante entière (0.90 UF). La part de cellulose brute (9 %) contenue dans la rafle permet aussi de sécuriser l’apport d’amidon vis à vis du risque d’acidose. Ce fourrage peut être équilibré avec un fourrage riche en protéines comme l’herbe pâturée ou l’enrubannage de luzerne et permet d’importantes économies en concentrés.

 

Le coût de cette technique.
Le travail est simplifié par rapport à un chantier d’ensilage car il n’y a pas à tasser le silo ou à poser de bâches et de pneus.
En revanche, avec un coût de conditionnement de 18 €/ boule, l’enrubannage de maïs épi reste plus coûteux qu’un ensilage classique.

 


Agenda

 

Vendredi 4 novembre

Formation "Bien élever ses laitières : un gage de réussite".

Infos : Coralie

 

Mardi 8 novembre
Porte ouverte Lait Bio à Saumont-la-Poterie

Infos : Joseph

 

Mercredi 7 décembre et 25 janvier

Formation "Construire des rations adaptées pour mes vaches laitières et l’élevage de mes veaux bio"

Infos : Joseph

 

Lundi 16 janvier

Formation "Autopsie en élevage ovin"

Contact : Marjolaine

 

Mardi 17 janvier

Formation "Chèvres laitières : élaborer des rations productives et économes"

Infos : Joseph

 

Crédits photos : R. Lemonnier, F. Durand, C. Henke.

 
 


 

LA PLUME EST À VOUS...

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