Et vous, comment ça va dans votre travail en ce moment ?

Aller vers des systèmes économes et autonomes, c’est changer ses méthodes de travail pour faire son métier autrement. Les constats de travaux de recherche du projet PraifacE* ont montré qu’en effet, ce qui freine le plus le changement au sein des fermes est ce questionnement autour du travail.

Qu’est-ce qui change dans son métier lorsqu’on change de système pour aller vers des systèmes plus agroécologiques ? Et dans cette transition vers d’autres systèmes, comment évolue alors le travail de ceux qui forment, accompagnent et recherchent (enseignants, animateurs, chercheurs) ?

Le projet Transaé, démarré en 2016 a permis d’avancer étape par étape sur cette question du travail. Il réunit à ce jour 66 agriculteurs accompagnés, des animateurs de divers CIVAM et d’un groupement bio, des chercheurs d’instituts divers et des enseignants,

Tout d’abord, le projet a identifié les grands profils de systèmes d’élevage économes et autonomes. 8 systèmes-types ont ainsi été caractérisés à l’échelle de la France en bovins, ovins et caprins (voir ci-dessous).

Les animateurs de chaque territoire (Normandie, Bretagne, Pays de la Loire, Limousin, Languedoc-Roussillon) ont ensuite démarré un accompagnement individuel auprès d’éleveurs qui le souhaitaient. Un premier entretien visait à mieux comprendre les objectifs de l’agricultrice ou de l’agriculteur et permettait de repartir des personnes afin d’identifier les effets du travail sur elle/lui.

Qu’est-ce qui est important dans mon travail au quotidien ? Qu’est-ce que c’est pour moi «bien travailler» ? Est-ce qu’il y a des moments où je ne peux pas bien travailler, et quels effets cela produit sur moi et sur la ferme ?

S5C simplifie

En demandant aux agricultrices et agriculteurs accompagnés ce qui les caractérise en tant que personne et ce qui caractérise la ferme, le duo agriculteur/accompagnateur change de regard sur le travail de l’agriculteur. Plutôt que de regarder les caractéristiques techniques et économiques de la ferme, on replace la personne au centre du système : on oublie parfois que derrière l’exploitation et ses chiffres, il y a l’agricultrice ou l’agriculteur qui y travaille et a ses objectifs, ses souhaits. Les préoccupations sur la ferme correspondent à l’écart qu’il existe entre les objectifs de la personne et ce qui se passe réellement. Grâce à ce premier entretien, chaque binôme agriculteur/accompagnateur a pu choisir des points d’ancrage identifiés pour travailler sur les effets négatifs du travail sur la personne et préserver les effets positifs.

Au-delà des accompagnements individuels, le projet étudie également le rôle des femmes dans la transition et le changement dans leur travail au sein des collectifs dont elles font partie (GAEC, EARL).  Dans le cadre de ce projet, nous avons également démarré des journées d’échange en groupe sur la thématique du travail, une approche plus globale qui permet de repartir de la personne et d’échanger sur ses objectifs, ses préoccupations, pour mieux comprendre et se comprendre.

Avec ce changement de regard sur le travail d’agriculteur, le même déplacement se fait pour les accompagnateurs, les chercheurs et les enseignants : la thématique du travail semble émerger comme un élément rarement étudié mais essentiel pour la durabilité sociale des fermes. Comment alors inclure cette thématique « travail » dans ses accompagnements, ses recherches ?

Les réponses se construisent au fil des échanges entre tous les agents qui trouvent un lieu pour partager leurs pratiques…

Et vous, comment ça va dans votre travail en ce moment ?

* Le projet PraifacE visait à identifier ce qui facilite les évolutions vers des systèmes herbagers économes.